Studio photo

Stéphane Klein

Stéphane est photographe professionnel depuis 1988. Depuis ses débuts, il est passionné par le noir et blanc qu’i pratique toujours aujourd’hui en restant fidèle à l’utilisation de films argentiques. A partir de 1992, il suit de nombreux stages chez des spécialistes du noir et blanc : Claudine et Jean-Pierre Sudre. Ses sujets de prédilections : les autres. A partir de 1991, il commence à voyager. En 1996 , après un long voyage en Inde, Willy Ronis l’encouragera avec un texte à propos de ses images sur le réseau ferroviaire. Ce sera le début d’une grande aventure avec le continent asiatique où il se rendra de nombreuses fois. Il interviendra à différentes reprises pour des associations humanitaires, au Cameroun en 1995, en Russie en 2000, au Mali en 2009. A partir de 2017, il se forme en vidéo. Aujourd’hui il maîtrise le logiciel Final Cut Pro, mais il est aussi certifié sur le logiciel Adobe Première Pro. En 2020 il devient télépilote drone professionnel après le stage obligatoire dans un organisme agréé et avoir réussi son exament à le DGAC.

Mon Asie au long cours

Un travail aussi abouti… C’est Willy Ronis qui le disait en découvrant les premières photos de Stéphane Klein sur les cheminots indiens. C’était en 1996. « J’ai rarement porté mon attention sur un travail aussi abouti de la part d’un photographe encore si jeune dans son moyen d’expression », avait écrit le maître. D’autres se seraient amplement contentés de ce viatique pour le faire habilement fructifier. Et en tirer quelques dividendes pseudo artistiques à moindres frais.. Pas Stéphane.

Depuis ce mois de juin 1996, il est reparti tous les ans sac au dos vers l’Asie. Sur les chemins du Vietnam, du Laos, du Cambodge, de la Birmanie, de la Mongolie. Et de la Chine. Encore et toujours. Durant dix années de fréquentation assidue de cette mystérieuse maîtresse appelée Asie, rencontrée la trentaine venue. Pour s’ouvrir encore mieux les yeux. Encore plus le cœur. Et comprendre, partant, qu’il s’élevait l’esprit à cette lente découverte, douce et têtue, de l’autre côté du Monde. L’Art suivrait. Nécessairement. Et il a suivi.

 Stéphane Klein en apporte ici encore une fois la preuve (1). Avec ce nouveau beau livre entièrement dédié à ces dix années d’Asie, il lève un peu le voile sur cette histoire de passion au long cours. Il a pour cela trié et choisi parmi les 30 000 clichés rapportés de ses expéditions des images rares, comme autant de témoignages d’attachement, de preuves d’amour. Et il les livre pudiquement à ses contemporains. Pudiquement… Le mot lui va bien. Va bien à son travail, à sa recherche. A son ambition. Comme iraient bien, de la même manière, les notions d’humanité à hauteur d’homme, de tendresse, de gravité et d’humour. Autant de sensations, de sentiments, d’émotions que l’on éprouve en regardant les photos de Stéphane Klein. En les observant, en les scrutant, en les caressant des yeux . En prenant le temps de remarquer l’œil d’un cheval de la steppe, fixant intensément le photographe ; le visage hiératique et beau d’un cheminot au-delà de la pauvreté ; la douceur d’une mère cambodgienne protégeant le sommeil de son enfant dans un train bondé ; les brumes mystérieuses du lac Inlé ou les paysages au graphisme léger comme les plumes d’un oiseau, capturés au Laos par l’œil pictural de Stéphane, telles des estampes en noir et blanc… Mille autres encore… Toujours impeccablement tirées.[/caption]

Prendre le temps. C’est l’une des clés ouvrant sur l’univers de l’homme. Et de l’artiste. L’un des secrets conduisant à la découverte de ses images, qu’il est impossible de feuilleter comme cela, en passant, sauf à passer à côté de l’essentiel. De ces petits bijoux de vie quotidienne à goûter lentement. L’un des secrets de l’auteur en voyage, aussi. C’est lui qui l’avoue : « je voulais en partant loin, en rupture avec mon quotidien habituel, prendre le temps. Ne plus compter les heures ni les jours ». Bref, l’occidental pressé voulait sortir de soi pour s’ouvrir aux autres. A l’autre. Se poser. Se poser, l’un des luxes de l’artiste qui s’en accorde peu. « Se perdre dans l’ailleurs. S’arrêter. Se poser. S’asseoir et attendre. La priorité du voyage » dit-il.

Dans les petits textes qu’il glisse au détour de quelques-unes de ses images, ses « short stories », Stéphane Klein se livre un peu, se dévoile par bribes, et confesse avec humilité ses impérieuses ambitions. « Je ne suis pas un héros » se défendait-il un jour, souhaitant se démarquer de tous les braconniers d’images violentes, de tous les assidus des champs de bataille ou des misères du monde. Car Stéphane Klein a choisi très tôt son camp. Celui du peuple. Celui des gens. Forcément vrais. Pas nécessairement déchiquetés par les bombes ou « botoxés » par la gloire. Mais le camp de ses semblables des antipodes, de Mongolie ou d’ailleurs. Stéphane a choisi de se frotter au réel. A la poussière des villages, à la sueur du travail. A la crasse inévitable. Mais surtout aux sourires des enfants de partout, aux connivences discrètes des adultes sans hypocrisie, aux générosités de ces humains célestes et anonymes. Si loin, si près… Si différents et si semblables. A ces enfants surtout, sans cesse présents dans son travail. Et qui furent souvent les médiateurs et les acteurs d’échanges et d’accords tacites entre celui qui donne et celui qui prend. Celui qui donne son image, son visage, son sourire, une part de sa vie. Celui qui prend la photo et emporte avec lui ce moment d’existence.
Pour cela il a donné des gages. Son temps d’occidental pour leur temps d’orientaux. Sa volonté et son désir de se fondre dans son environnement. Dans le paysage. Et çà, Stéphane sait aujourd’hui le faire à merveille. « J’ observe. J’admire. Et, parfois, je déclenche » avoue-t-il quelque part. Et dans ce « parfois », il y a toute l’intelligence , la sensibilité, l’honnêteté, et la pudeur, encore, de Stéphane Klein. Tout le contraire des images d’un promeneur dilettante, ou pis, d’un touriste « sérial-déclencheur ».
Cette apparente simplicité d’images tranquilles a un prix. Et un coût. Elle ne prend pas le lecteur en otage, à coup d’esbroufes technologiques ou éditoriales. Elle impose en revanche une exigence : celle de se poser devant chaque photo. De prendre le temps d’entrer dans l’univers sur lequel Stéphane ouvre doucement, délicatement, une fenêtre privée. Dans l’idéal, de prendre le même temps que le photographe a pris pour solliciter et obtenir l’adhésion aimable de son sujet. Le consentement éclairé de ses semblables. Si loin, si près. C’est rare. Admirable. Et précieux.

Sylvain Viaut
Le 1ier octobre 2014.

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(1). Outre son premier livre sur l’Asie ( « Une journée en Asie », Ed. De Colibareau), Stéphane Klein a déjà publié de beaux ouvrages sur les vendanges en Bordelais, sur le Portugal, sur les arts de la rue. Sans oublier de belles séries d’images au Sahel, avec les éleveurs bovins d’Amérique du sud, etc.